Sapiens #2, pourquoi nous sommes des morfales ?

En poursuivant ma lecture de Sapiens de Yuval Noah Harari, voici un nouvel élément qui m’interpelle et que je souhaite partager avec vous. Sommes-nous des morfales ?

Il s’agit de notre lien à la nourriture.

L’auteur nous explique que sapiens en tant que chasseur-cueilleur devait profiter des opportunités alimentaires qui se présentaient à lui.

Extrait p.56 « Si une femme de l’Age de pierre tombait sur un figuier, le mieux qu’elle pût faire était d’en manger le plus possible sur-le champ avant que la bande de babouins du coin ne dépouille l’arbre entièrement. »

Quelles répercussions cela a-t-il encore aujourd’hui sur notre fonctionnement ?

sapiens

Déjà morfales aux origines ?

Nous vivons dans une société riche, où même les plus humbles, n’ont pas de problèmes à avoir leur frigidaires plein. Leurs gardes à manger surchargés de nourritures diverses et variées. Nous savons que nous pouvons à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit trouver un aliment particulier si une envie soudaine nous prend…l’estomac…

Cuisiner, manger est devenu un art raffiné. Les restaurants, les chefs étoilés, la vaisselle sophistiquée, l’ambiance adaptée. Manger est devenu un cérémonial très éloigné du simple fait de se nourrir pour survivre.

Cependant quand nous sommes devant notre assiette avec de la nourriture à l’intérieur, il est difficile de ne pas redevenir notre ancêtre anxieux.

Soyez attentif, n’avez-vous pas déjà ressenti cette urgence à manger comme si le prochain repas n’était pas certain ?

Ce besoin n’est en rien motivé par la physiologie (votre corps est bien nourri). Le mental n’intervient pas lui aussi (vous savez que votre maison contient plus que vous ne pourrez ingérer dans un seul repas). C’est le réflexe archaïque de survie venu du fond de votre ADN, qui vous fait vous précipiter sur la nourriture.

Prendre le temps, déguster un met, apprécier les saveurs, les textures du plat, demande un effort mental sans cesse renouvelé.

Si nous laissons faire notre nature profonde nous gobons rapidement notre repas et nous sommes surpris par ce qui a motivé tant d’urgence.gober la nourriture

La peur de la concurrence

Avez-vous remarqué que le phénomène est amplifié s’il y a d’autres personnes autour de vous qui mangent également ?

Dans les cantines, les cafétérias le temps moyen du repas est de 20 minutes. Il faudrait prendre au moins 45 minutes pour être rassasié et ressourcé.

L’effet de groupe semble augmenter le phénomène : manger vite, se remplir l’estomac à tout prix, engranger des calories pour avoir une chance de survivre. Car il s’agit de cela en fait. La résonance de cette fureur à manger s’articule sur le souvenir archaïque que nous risquons de nous faire voler notre nourriture.

L’excès de nourriture n’y fait rien.

Observez les assiettes qui débordent des convives face à un buffet chargé d’aliments tel une corne d’abondance. Le réflexe d’accumulation de nourriture, puisque c’est possible et à disposition, (la gratuité ou le prix global du buffet intervient en boosteur du phénomène) est très difficile à refréner même pour ceux qui pensent être les plus « civilisés ».

Aurais-je assez à manger ?

Dans le même style de constat, avez-vous remarqué le stress, même minime ,qui s’invite à la table de convives attablés et à qui on amène de la viande ?

En particulier, s’il s’agit d’une volaille (une viande avec des morceaux distincts). Il va toujours y avoir un temps de flottement autour du morceau qui va vous être attribué. Le voisin est-il mieux servi que vous ? Petit regard discret sur l’assiette voisine. A qui va revenir le morceau que vous convoitez ? La viande, aliment à haute valeur nutritionnelle et sociale (il faut être un bon chasseur pour pouvoir manger de la viande), semble l’enjeu, encore aujourd’hui, de rapport de pouvoir dans un groupe (au sein de la cellule familiale aussi).morfales

Essayez impunément de regarder avec attention ce que mange votre voisin de table. Très rapidement il y aura une réaction. Je parie sur une réaction de défense, voire d’agression ou peut-être de pacification. Votre voisin vous proposant le partage ou l’échange des assiettes.

Prendre conscience de ce mécanisme, comme nous incite à le faire Harari, peut nous permettre d’être un peu plus humble sur notre qualité de « Super Sapiens civilisé »…

Dans toutes les religions, une manière de s’élever spirituellement se retrouve à travers l’épreuve du jeûne. Nous pouvons y voir une tentative de mettre à distance cet archaïsme afin d’accéder à un niveau supérieur. Cependant, l’effort est sûrement vain, notre corps a besoin de se nourrir, c’est vital pour sa survie, l’accepter, en prendre conscience est peut-être la plus sage des solutions.

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